L’avenir de la chasse de têtes ? 

Par Albert Hiribarrondo*
Associé du groupe ALSpective, sur Paris, Genève, Tunis.

La chasse de têtes atteint l’âge de la maturité. Les nouvelles technologies, capables de croiser des millions de données sur les entreprises et leurs dirigeants, vont-elles avoir raison des chasseurs les plus minutieux ? Pour autant, la chasse de têtes reste un art exercé par des consultants expérimentés, pour motiver des talents audacieux à venir inventer des futurs possibles dans une autre entreprise. 
Quel est son avenir ? Voici la vision des Associés du Cabinet ALSpective. 


I. Loin d’être menacée par les nouvelles technologies, la chasse de têtes se les approprie


En 50 années d’existence, la chasse de têtes est devenue science, déployant une discipline rigoureuse - la Recherche de Dirigeants par Approche Directe - pour présenter un choix de solutions (3 au minimum), en réponses possibles à un besoin identifié : un nouveau dirigeant clé (H/F) pour une organisation. La méthodologie est implacable : définition d’un profil cible, recherche de 100+ contacts pertinents, pour 10 RV, 3 finalistes présentés, jusqu’au dirigeant (H/F) recruté. C’est une loi statistique, presque mathématique. Pour autant, chaque mission est un projet unique.


Aussi méthodique qu’elle soit, conservatrice et classique qu’elle puisse paraître aux yeux de certains, la chasse de têtes se transforme à grande vitesse et intègre (toutes) les nouvelles technologies. En voici des illustrations :


Gestion des données. Ce que font des sites de rencontres de personnes, des machines à CV sauront le faire aussi : trier des millions de profils en quelques millisecondes… L’utilisation du Cloud, à distance, et la sécurité des données, confidentielles, sont 2 instruments du futur de la chasse.


L’appui des réseaux sociaux. Le digital transforme la recherche de talents:  fin des petites annonces, recherches par mots-clés, sollicitations de communautés, outils de sélections en ligne… Pour le cœur de son métier, la mise en relation, la chasse de têtes accueille avec bonheur toutes les applications de mises en contact rapides, et fait ses choix, selon les secteurs, les pays, les populations visées.


Son territoire, c’est le monde. Aucune chasse de dirigeants (H/F) ne se limite à une région ou à un pays. Le talent cherché vit peut-être loin, ou s’est idéalement frotté à d’autres cultures. Les premiers entretiens se feront à distance, réservant le face-à-face à l’ultime étape de sélection.


Evaluations  complexes, et garanties renforcées. Avec des gouvernances impliquées, la prise de décision devient collégiale, et plus complexe. Dès lors, les évaluations et « assessments », pour un meilleur « fit culturel », entre l’entreprise et les candidats, d’une part, et des garanties durables, d’autre part, deviennent des dimensions complémentaires de la chasse, et incontournables pour la réussite de cette « industrie ». 


II. La chasse de têtes devient l’art du « conseil en leadership » 


Le recrutement d’un dirigeant ne pourra jamais se résumer à des chiffres, des mots (même clés), des tris de CV.


La Chasse de têtes inclut l’art d’appréhender aussi du non-quantifiable. Loin du passé, c’est aux « frontières du futur » que se situe l’art du consultant-conseiller de chasse : définir le sens du besoin stratégique de long terme qui se cache derrière une fiche de poste à pourvoir et qui impactera sur la vie du futur recruté ; pousser le client « à la limite » en dehors de sa zone de confort visant à se rassurer en allant trouver une reproduction du passé (alors que le successeur ne sera jamais comme le partant) ; avoir l’audace d’aller chercher des profils à potentiel (et non ayant réussi à une autre époque); et savoir convaincre les meilleurs talents de rejoindre une entreprise à laquelle ils n’avaient pas pensé. La chasse de têtes devient l’art d’inventer, avec des profils en devenir, des futurs possibles pour l’entreprise.


« Ce qui compte ne peut pas être compté, 

Et ce qui peut être compté ne compte pas forcément » 

~ Albert Einstein.


Elle intègre des dimensions de plus en plus complexes du Leadership. Il est des compétences qu’on n’apprend pas dans les écoles (même grandes), qui échappent à l’accumulation des connaissances et de l’expérience, et qu’un consultant devra évaluer : les émotions, l’audace, la gestion de l’échec, comment réussir sa vie, la décision à plusieurs, etc., autant d’atouts précieux pour le Leadership, soulignés par l’engouement récent pour le Quotient Emotionnel (QE) en sus du Quotient intellectuel (QI). Autre exemple, l’ALSpective Leadership Index, ALS+Li, éclaire les candidats sur 3 dimensions essentielles du Leadership : Care, Dare, Share (Sens, Agilité, Partage) ; elles ne sont nulle part inscrites dans un CV et sont utiles à tous les postes, pour tout responsable, pour tous les clients.

ALSpective Leadership index



III. L’activité des cabinets de chasse de têtes continue de se développer 


Elle se développe encore, à un niveau record. A l’échelle mondiale, selon AESC, syndicat professionnel de référence des chasseurs de têtes, avec 12,9 Milliards de dollars de recettes, l’année 2016 enregistre une hausse de +4.4 %, par rapport à l’année record 2015 (Crédit Photo AH/AESC - New York 31-03-2016)


… Et se transforme, grâce à deux tendances lourdes pour le secteur, qui contribuent à sa croissance :

L’expansion sur les nouveaux marchés : Est Européen, Asie, Afrique. ALSpective, en deux ans, est en France, Suisse et Tunisie…

La diversification vers du conseil au leadership, en complément de l’activité de chasse, pour tous les cabinets : le plus grand acteur mondial, côté en Bourse, après 5 acquisitions, déclare 50% de son CA en dehors de la chasse ; ALSpective intervient déjà, aussi, en amont de la chasse, sur du conseil en stratégie et à la gouvernance, aux PDG et Conseils d’administration, et en aval, en Assessments et coaching des dirigeants. 


IV. Au final, il faudra compter sur la chasse de têtes, à l’avenir.


Pour inventer des futurs, dans un monde complexe, rien de mieux que d’intégrer de nouveaux dirigeants. Le chasseur de têtes, devenu conseil en leadership, contribuera demain à transformer la vie des sociétés :


Toute entreprise, même start-up, pourra recourir à un chasseur dans son propre intérêt : « si vous trouvez que passer par un professionnel coûte cher…  Essayez un amateur ! »

Tout candidat dirigeant continuera de solliciter le conseil d’un expert du recrutement, sur un pays cible, une fonction cible, son secteur cible, voire une entreprise cible.

Tout (bon) chasseur de têtes restera mieux placé, dans sa science et son art quotidien de recherche de dirigeants, qu’une entreprise, pour laquelle recruter un dirigeant sera toujours un acte d’exception.



En Conclusion,

Autant qu’une science ouverte aux nouvelles technologies, la chasse de têtes reste un art qui touche à l’humain. Son avenir est d’autant plus assuré que la société réservera aux Femmes/Hommes, la place qui leur revient face aux robots : celle de diriger.   


(*Note du cabinet : cet article, rédigé par l’auteur et relu par un collectif d’associés et collaborateurs du groupe ALSpective, a été publié une première fois, en 2017 dans la revue des centraliens sous les signatures de Albert Hiribarrondo et Bruno Le Rouzic)


4 ANNEXES/ LES BONUS ALSpective

Annexe 1/ Les 7 révolutions de la chasse de têtes du futur

Annexe 2/ Quels conseils aux candidats dirigeants du futur

Annexe 3/ QUID des cellules de chasse internes

Annexe 4/ Ne pas confondre CHASSE et CONTINGENCY


ANNEXE 1 ALSpective : 7 Révolutions du Marché de la chasse du futur

1. La chasse de têtes sera professionnelle, plurielle et internationale ou ne sera pas. 

2. Les cabinets intègreront chaque année de nouvelles technologies dans leurs outils CRM et méthodologiques, alliant distance, données, et sécurité.

3. Les consultants ne feront pas que chasser des dirigeants, ils conseilleront des leaders (à LT, tout au long de leurs carrières)

4. Le marché cherchera de nouveaux types de leaders, « collégiaux », pour motiver les collaborateurs dans un monde où l’on pense (trop) à « se servir » plutôt qu’à « servir les autres »

5. Le leadership sera ouvert, attentif et capable de donner du sens (Care), audacieux divers, et agile (Dare), multiculturel et capable d’embrasser toute la planète, à long terme (Share) 

6. Le leadership intègrera de plus en plus de dimensions sociétales (gouvernance, stakeholders, environnement, géographie, le long terme, la culture de l’entreprise, l’engagement des employés, la pression au travail, l’innovation, le collectif, le digital, etc.)

7. En entretien, on se préparera à des éclairages multiples et on parlera plus de perspectives d’avenir que du passé (en tout cas, chez ALSpective)

Les Associés @ALSpective


ANNEXE 2 ALSpective / Quels conseils aux candidats-dirigeants (H/F) du Futur ?

Un chasseur de têtes voit en vous un leader. Tachez de ne pas le décevoir.

Les bons chasseurs connaissent leurs marchés et pensent toujours à long terme. S’ils vous reçoivent, c’est pour offrir des conseils gracieux, et vous mémoriser. 

Tout dirigeant, candidat ou pas, a tout intérêt à se confier à un  bon chasseur.  Ce dernier est tenu à la confidentialité.

Recevoir un appel, c’est avoir la chance de pouvoir préciser son projet en quelques minutes, pour être un jour sollicité à (très) bon escient.

Dans l’entretien des réseaux, un chasseur occupe une place incontournable. Il est proche de ses clients, donc potentiellement d’un marché ciblé. 

Un chasseur peut connaître bon nombre de contacts utiles mais s’interdira de vous les donner s’il n’a pas un mandat justifiant la fourniture d’information. 

Etre fier de ses échecs, sources d’enseignements. Les temps ont changé : le fait de ne pas être retenu, d’avoir changé d’entreprise, d’approcher de la fatidique barrière des 60 ans (on disait 50 ans il y a cinq ans et on disait 40 il y a 10 ans), de créer une entreprise ou d’essayer d’en reprendre une, de partir à l’étranger, de glisser dans un autre secteur privé ou public… reflètent votre audace. L’échec sera autant valorisé aujourd’hui qu’un parcours linéaire et sans faille. Il sera instructif.

Devenir cible des chasseurs : soyez visibles, au croisement de réseaux connectés avec des communautés, cotisants à l’association des anciens, exemplaires dans les services rendus, mémorisés par vos patrons, forts de vos expériences avec les autres cultures. 

Votre CV fera une page (éventuellement avec des annexes): en français dans Wats4U ; en anglais dans Bluesteps. 

Restez vous-mêmes, et positifs, en toutes circonstances. 

Les Associés @ALSpective


ANNEXE 3 Que penser de la concurrence des cellules de chasse internes ? 

Réponse : Il y aura toujours des chasseurs, même si les grandes entreprises mettent en place des cellules de chasse interne pour approcher des cibles externes ; c’est une approche intéressante, pour des cadres supérieurs, préférable à celle de confier tous les recrutements à des logiciels ou des robots. En revanche, imaginer que l’on aura la même capacité d’attractivité et de confiance dégagée auprès des candidats et notamment des plus hauts dirigeants est un leurre. La cellule de chasse d’une grande entreprise peut prolonger le travail de la machine, mais ne peut pas se substituer au chasseur indépendant. Elle est toujours partie prenante et se positionne comme vendeuse d’une offre d’intégration. Le chasseur n’est jamais dans cette posture. Il est à la fois ambassadeur de son client mais aussi conseiller, bienveillant, du candidat avec lequel il souhaite établir une relation de grande qualité et pour des décennies.  

Les associés @ALSpective


ANNEXE 4 Ne pas confondre chasse de têtes (mandat exclusif de recherche) et « contingency » (fourniture de CV payée aux résultats) 

Source ALSpective/AESC

(www.AESC.org) Excellence >> Executive Search vs Contingent Recruiters

@ALSpective @AESC